J'ai les mêmes à la maison!!!
Les retards des RER ont parfois du bon...
- Agent SNCF si tu me lis, j'ai bien écrit PARFOIS -
Cela laisse le temps de découvrir au point relay
le dernier Delerm.
A priori, je n'envisageais pas de l'acheter...
Séduite par "La Première Gorgée de bière",
j'avais été déçue par "La Sieste assassinée"...
Mais face au titre je n'ai su résister...

Il faut quand même que je vous explique pourquoi...
Pour une fois qu'il y a un vrai pourquoi à un de mes achats compulsifs!!!
Peu d'entre vous savent que mes Papinou et Maminou
exercent une fabuleuse même si difficile profession:
restaurer et vendre des antiquités...
Ils côtoient un monde plein de charmes
et de jolies expressions codées comme...
LES RAVIOLIS!
Loin de désigner la spécialité fourrée italienne,
cette expression
- inspirée d'une vieille pub pour PANZATONI ou BUITANI -
(vous vous souvenez "Reviens Léon, j'ai les même à la maison"),
est utilisée dans "le milieu" pour désigner
les raseurs qui immanquablement:
"ont les même à la maison"...
Dans le premier texte de son dernier livre,
Delerm parle des raviolis sans connaître l'expression!
Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager...
"Ma grand mère avait les mêmes"
Ce ne sont pas des passionnés de la brocante. Celle-ci leur a juste servi de but de promenade, un dimanche après-midi. Ils déambulent, mains dans le dos, satisfaits de l'ampleur inattendue de la manifestation, qui les dispensera de chercher un autre passe-temps, satisfaits de la douceur de l'air, de l'absence de pluie. Ils n'achèteront rien, ou peut-être un bouquin à un euro, un CD d'un chanteur qu'ils aiment bien.
Ils hésitent à s'enquérir du prix d'une paire de fauteuils, de couverts en argent, d'assiettes illustrées de dessins humoristiques en noir et blanc. Mais ils se rapprochent de ceux qui osent marchander, tendent l'oreille, se retournent, et sur leurs lèvres se dessine un sourire complexe à déchiffrer. Ils s'éloignent de quelques pas, s'annoncent le prix revendiqué, et l'un d'eux lance alors:
- Ma grand-mère avait les mêmes!
Cela tombe comme une critique de marché de dupes où les choses sont vendues infiniment trop cher. Après tout, s'ils trouvent des gogos pour se laisser faire!
Mais leur offuscation est à plusieurs étages. En évoquant leur grand-mère, ils soulignent que ces assiettes ne sont pas si anciennes. Elles ont fait partie de leur vie, comment pourraient-elles être présentées comme de véritables antiquités? En même temps, on sent chez eux une touche de regret. Moi qui m'en suis débarassé quand on a vendu la maison, tout le service, il y en aurait pour une petite fortune, alors? Ils détestent l'ancien et encore plus le vieux. Mais ils pensent avoir sur l'art de vivre une position de bon sens. Ce sont les mêmes qui mettent une certaine coquetterie à expliquer à un enfant, devant un appareil tombé en désuétude:
- On soulevait le petit couvercle, on mettait les grains de poivre, on tournait la poignée en mettant le moulin entre les genoux, et il tombait moulu dans le tiroir en bas.
Ils sont fiers de cette mémoire qui les relie à une vie passée simple, authentique. Ils montrent que c'était ingénieux, bien que rudimentaire, ils en sont presque émus. Mais ce contentement affiché quelques secondes ne les empêchent pas de tout jeter, de faire le vide, le propre, et de ne rien garder. Leur regard sur le passé est un mélange de vénération et de mépris. Ce n'est pas très malin, ma grand-mère avait les mêmes."
Philippe Delerm
Ma grand-mère avait les mêmes - Les dessous affriolants des petites phrases